Savoir combien de personnes lisent votre site, quelles pages elles lisent et d’où elles arrivent : WordPress ne le fait pas tout seul. Trois familles d’outils s’en chargent :
- Google Analytics 4, branché avec l’extension officielle Site Kit de Google ;
- une extension de statistiques qui garde tout dans votre base WordPress (WP Statistics, Koko Analytics, Independent Analytics) ;
- Jetpack Stats, les statistiques de WordPress.com.
En France, le choix se joue surtout sur une question : faut-il un bandeau cookies pour mesurer son audience ? Nous avons installé les trois extensions les plus utilisées sur un site de test (WordPress 7.1.4, en français, avec Site Kit 1.191.0, WP Statistics 14.16.18 et Koko Analytics 2.5.3), envoyé une centaine de visites et regardé ce que chacune dépose dans le navigateur du visiteur. Trois constats :
- Koko Analytics, présentée comme respectueuse de la vie privée, pose un cookie par défaut. Un réglage suffit à l’enlever, encore faut-il le savoir ;
- WP Statistics ne pose aucun cookie et anonymise les adresses IP dès l’installation ;
- avec Google Analytics, un petit site perd toutes les visites des internautes qui refusent les cookies : la modélisation de Google ne démarre qu’au-delà de 1 000 utilisateurs par jour.
Les trois options en bref
- Google Analytics 4 avec Site Kit : le plus complet (sources de trafic, conversions, Search Console dans le même tableau de bord). Bandeau de consentement obligatoire, compte Google nécessaire.
- Extension sans cookie (WP Statistics, Koko en mode sans cookie, Independent Analytics) : les chiffres essentiels, stockés chez vous, sans bandeau pour la mesure d’audience si vous respectez les conditions de la CNIL. Moins de détails sur l’acquisition.
- Jetpack Stats : simple et gratuit pour tous les sites, mais il faut connecter le site à WordPress.com, et les détails (campagnes, appareils, villes) sont payants.
La CNIL autorise à mesurer son audience sans demander le consentement, à certaines conditions. Sa page de référence, mise à jour en juillet 2025, les résume (cnil.fr) :
- l’outil sert uniquement à mesurer l’audience du site, pour le compte exclusif de l’éditeur ;
- il ne produit que des statistiques anonymes ;
- les données ne sont ni recoupées avec d’autres traitements, ni transmises à des tiers, et l’outil ne suit pas l’internaute sur d’autres sites ;
- les internautes sont informés (dans la politique de confidentialité, par exemple) et peuvent s’opposer à la mesure ;
- les traceurs vivent 13 mois au plus, et les données sont gardées 25 mois au plus.
Google Analytics n’entre pas dans cette exemption : la CNIL le cite parmi les outils qui en sortent, parce que Google peut réutiliser les données pour son propre compte (cnil.fr). Avec GA4, il faut donc un bandeau qui demande l’accord, et les visiteurs qui refusent ne sont pas comptés.
Autre changement à connaître : la CNIL ne publie plus de liste de solutions « exemptées ». Depuis juillet 2025, c’est le fournisseur qui s’évalue lui-même avec un outil d’auto-évaluation, et aucun ne peut se dire « validé par la CNIL ». Une extension « RGPD » ou « sans cookie » ne vous dispense donc pas de vérifier sa configuration.
Quant aux transferts de données vers les États-Unis, qui avaient valu des mises en demeure de la CNIL aux utilisateurs de Google Analytics en 2022, ils sont redevenus possibles depuis le cadre de protection des données UE-États-Unis du 10 juillet 2023. Un recours contre ce cadre a été rejeté par le Tribunal de l’Union européenne le 3 septembre 2025 ; un pourvoi est encore en cours.
Option 1 : Google Analytics 4 avec Site Kit
Site Kit de Google est l’extension officielle de Google, installée sur plus de 5 millions de sites. Elle relie votre WordPress à Google Analytics 4, à la Search Console, à PageSpeed Insights, à Tag Manager et à AdSense, et affiche leurs chiffres dans l’administration de WordPress. Il n’y a ni code à copier, ni balise à coller dans le thème.
La mise en place prend cinq minutes :
- Extensions > Ajouter, cherchez « Site Kit », installez et activez.
- Cochez la case Analytics sur l’écran d’accueil, puis cliquez sur Se connecter avec Google.
- Choisissez le compte Google, validez les autorisations, puis le compte et la propriété Analytics (Site Kit peut les créer).
- La Search Console est connectée au passage : c’est souvent la partie la plus utile, puisqu’elle montre les recherches Google qui amènent des visiteurs, sans aucun traceur.

Sur notre site de test, installé en local, la configuration s’arrête à la connexion Google : Site Kit le détecte comme un site de préproduction. Sur un site en ligne, elle va au bout.
Le point à ne pas rater : le mode consentement. Il s’active dans Site Kit > Réglages > Admin Settings, et ne vaut que pour l’Europe, la Suisse et le Royaume-Uni (documentation Site Kit). Il s’appuie sur l’extension WP Consent API, que Site Kit propose d’installer, et sur un bandeau compatible (Complianz, Cookiebot ou CookieYes, par exemple). Sans bandeau, vous mesurez des visiteurs qui n’ont rien accepté, ce que la CNIL interdit pour GA4.
Avec le mode consentement, Google promet de « combler » les visites refusées par modélisation. En pratique, un petit site n’y a pas droit : il faut au moins 1 000 événements par jour venant de visiteurs qui ont refusé, pendant 7 jours, et 1 000 utilisateurs par jour qui ont accepté, au moins 7 jours sur 28 (aide Google Analytics). En dessous, les refus sont simplement perdus. Aucune étude sérieuse ne chiffre cette perte, mais elle dépend directement du taux de refus de votre bandeau.
Pour qui : les sites qui ont déjà un bandeau (publicité, AdSense, pixels Meta), les boutiques qui suivent des conversions Google Ads, et ceux qui veulent le détail de l’acquisition.
Ces extensions comptent les visites elles-mêmes et rangent les chiffres dans votre base de données WordPress. Rien ne part chez un tiers. Bien réglées, elles peuvent entrer dans l’exemption de la CNIL : pas de bandeau pour la mesure d’audience, et donc des chiffres complets.
WP Statistics est la plus installée (plus de 500 000 sites) ; c’est d’ailleurs celle que présentait la première version de cet article. Dans notre test, un visiteur anonyme ne reçoit aucun cookie : le navigateur envoie seulement une requête à l’API de WordPress (/wp-statistics/v2/hit) à chaque page vue.
Dès l’installation, sans rien toucher :
- les adresses IP sont anonymisées (dernier segment masqué) puis hachées, donc jamais stockées en clair ;
- les visites des administrateurs ne sont pas comptées ;
- un « audit de confidentialité » vérifie les réglages qui pourraient poser problème.

Le tableau de bord donne visiteurs, pages vues, pages les plus lues, référents (Google, réseaux sociaux…), navigateurs, systèmes et types d’appareils. Une partie de l’interface reste en anglais, et les rapports avancés sont payants (à partir de 119 $ par an). Si vous avez quand même un bandeau, WP Statistics peut le respecter : le réglage Consent Plugin Integration accepte WP Consent API, CookieYes ou Borlabs Cookie.
Koko Analytics (plus de 70 000 sites) mise sur la légèreté : un tableau de bord sur une seule page, et des visites envoyées à un petit fichier à part (koko-analytics-collect.php) plutôt qu’à l’API de WordPress, ce qui ménage un hébergement mutualisé.

La surprise est venue des en-têtes de réponse : à la première page vue, Koko a déposé un cookie _koko_analytics_pages_viewed, valable jusqu’à minuit, pour reconnaître les visiteurs qui reviennent. C’est le réglage par défaut. Il se change dans Réglages > Koko Analytics > Tracking : choisissez Cookieless. L’extension le dit elle-même : le mode cookie « peut nécessiter une politique cookies et/ou un consentement », le mode sans cookie non.

Pensez aussi à exclure le rôle Administrator dans le même écran : rien n’est exclu à l’installation, et vos propres visites gonflent les chiffres. La géolocalisation, les appareils et les campagnes UTM sont dans la version Pro (59 € par an).
Les autres
- Independent Analytics (plus de 100 000 sites, sans cookie selon son éditeur, Pro à 49 $ par an) : très bien notée, mais elle a refusé de s’activer sur notre site de test (erreur fatale), qui tourne sous WordPress Playground avec SQLite au lieu de MySQL. Nous ne l’avons donc pas testée.
- Burst Statistics (plus de 200 000 sites) pose des cookies par défaut, avec une option pour s’en passer.
- Matomo for WordPress (plus de 100 000 sites) est la plus complète, et Matomo a fait l’objet d’un guide de configuration de la CNIL. Mais les cookies sont actifs tant que vous ne cochez pas « Disable cookies », et l’éditeur prévient que l’extension consomme beaucoup de ressources : au-delà d’un trafic moyen, il conseille Matomo Cloud ou une installation séparée.
Même sans cookie, la CNIL demande d’informer les visiteurs et de leur permettre de refuser la mesure. Dans votre politique de confidentialité, ajoutez un paragraphe qui nomme l’outil, dit à quoi il sert (statistiques de fréquentation, rien d’autre), combien de temps les données sont gardées, et comment s’y opposer. Et ne branchez pas ces chiffres sur un outil publicitaire : c’est ce recoupement qui ferait sortir de l’exemption.
Option 3 : Jetpack Stats
Jetpack, l’extension d’Automattic (plus de 3 millions de sites), inclut des statistiques hébergées par WordPress.com. Sa page d’aide, mise à jour le 6 novembre 2026, les dit gratuites pour tout type de site, quel que soit le trafic (jetpack.com) : la règle qui réservait la version gratuite aux sites non commerciaux a disparu. La formule payante ajoute les campagnes UTM, les appareils et la localisation par ville.
Deux limites : il faut connecter le site à un compte WordPress.com, ce qui rend le test impossible sur un site local, et les chiffres sont stockés chez Automattic, pas dans votre base. C’est la solution la plus simple si vous utilisez déjà Jetpack pour autre chose.
Laquelle choisir ?
- Un blog ou un site vitrine, pour savoir ce qui est lu : WP Statistics, ou Koko Analytics passée en mode Cookieless. Pas de bandeau à ajouter pour la mesure d’audience, des chiffres complets.
- Un site qui a déjà un bandeau (publicité, AdSense, pixels) : GA4 avec Site Kit et le mode consentement. Vous gagnez le détail de l’acquisition et la Search Console au même endroit.
- Une boutique WooCommerce qui fait de la publicité Google : GA4, indispensable pour remonter les conversions dans Google Ads.
- Le meilleur des deux : une extension sans cookie pour compter tout le monde, et la Search Console (gratuite, sans traceur) pour le référencement. Site Kit peut d’ailleurs connecter la Search Console seule, sans Analytics.
Évitez en revanche d’empiler deux outils de mesure sans raison : chacun ajoute une requête à chaque page vue, et leurs chiffres ne concordent jamais.
En résumé
- Google Analytics 4 est le plus riche, mais il impose un bandeau, et un petit site perd les visites refusées.
- Une extension sans cookie stockée chez vous compte tout le monde, sans bandeau pour la mesure d’audience, à condition d’informer les visiteurs.
- WP Statistics est sans cookie dès l’installation ; Koko Analytics demande de passer en mode Cookieless.
- Jetpack Stats est désormais gratuit pour tous les sites, mais passe par WordPress.com.
- Dans tous les cas, connectez la Search Console : c’est la seule source qui dit ce que les internautes ont cherché sur Google avant d’arriver chez vous.






